Antiquité (avant le Ve siècle)

Les civilisations classiques, notamment les Perses, les Parthes, les Indiens, les Coréens, les Chinois et les Japonais comptaient un grand nombre d'archers dans leurs armées. Les flèches étaient très efficaces contre les formations groupées, et l'utilisation d'archers a souvent été décisive. Le terme sanskrit pour le tir à l'arc, dhanurveda, a fini par se référer aux arts martiaux en général.

 

Égypte

Rahotep, chef de l'armée (archers)
 
Ramsès II tirant à l'arc

Les arcs et les flèches ont été présents dans la culture égyptienne depuis ses origines pré dynastiques. Le tir à l'arc était pratiqué tant pour la chasse que pour la guerre.

Les Neuf arcs symbolisent les ennemis traditionnels de l'Égypte.

Des bas reliefs des tombes de Thèbes décrivent des "leçons de tir à l'arc"4. Quelques divinités Egyptiennes sont liées à l'archerie5.Mésopotamie

Archer assyrien à cheval

Les Assyriens et les Babyloniens ont fait une utilisation intensive de l'arc. L'Ancien Testament fait plusieurs fois références au talent d'archers des anciens Hébreux.Subcontinent Indien

L'arc était une arme typique des Indiens, depuis la période Védique, jusqu'à l'avènement de l'Islam. Les Aryens utilisaient l'arc, souvent depuis des chars de guerre. Des hymnes Rigvediques glorifiaient son utilisation. D'anciens récits Indiens détaillent des méthodologies d'entrainements de tir à l'arc, montrant que l'archerie était un art martial majeur6.

 

Asie du Nord

L'utilisation Chinoise de l'archerie remonte à la dynastie Shang. Les catégories d'officiers dans l'armée Shang incluaient les ya et shi (commandants), ma (officier de char), et she (officier archer). Les Chinois utilisaient les chars de guerre avec des archers. La dynastie Zhou qui succéda vit des tournois d'archerie organisés en présence de la noblesse. L'arc était l'arme noble, au même titre que l'épée en Europe. Tous les cinq ans le gouverneur était sélectionné à l'issue d'un concours entre autres de tir à l'arc en musique. Cette épreuve consistait en une série de tirs à effectuer quand l'archer entendit un gong dans la mélodie. Les coups au but ne comptaient que si la flèche l'atteignait la cible au moment précis où l'on entendait le gong. Celui qui visait juste et au rythme du gong était apte à gouverner. Le sinogramme (zhong) symbolise d'ailleurs une flèche traversant le milieu d'une cible7. À la fin de la période Zhou, des ouvrages sur l'archerie ont été enregistrés sur du bois ou du bambou.

Les Coréens étaient des archers renommés. Les archers montés étaient la principale force d'opposition aux barbares Cimmériens.

 

Anatolie et monde grec

Dans l'antiquité, 8 l'arc est parfois à double courbure : formé par deux cornes polies et mises bout à bout, sa corde n'est attachée qu'à une seule des deux extrémités lorsque l'arc ne sert pas. L'arc est posé à terre pendant que l'archer le prépare : l'extrémité de la corde passe par un crochet fait d'or pour tendre la corde. Une fois suffisamment tendu, la courbure de l'arc est inversée.

 

Amérique du Nord

Chef Gall des Hunkpapas en 1881

L'archerie était profondément répandue parmi les peuples Amérindiens, dès l'époque pré-colombienne. Les hommes des tribus des Grandes Plaines étaient adeptes de la pratique du tir à l'arc à dos de cheval. Toutefois ces animaux ne furent présent sur le continent américain qu'à partir de la colonisation européenne.

 

Europe occidentale

Les premiers Romains avaient très peu d'archers, s'ils en avaient. Au fur et à mesure que leur empire croissait, ils ont recruté des archers dans les autres nations. Les armées de Jules César en Gaule incluaient des archers Crétois, et Vercingétorix avait ordonné que "tous les archers, qui sont très nombreux en Gaule, doivent être rassemblés"9. Au cours du IVe siècle, des archers avec de puissants arcs composites faisaient partie de l'armée régulière Romaine à travers tout l'empire. Après la chute de l'empire occidental, les Romains se sont trouvés sous la pression des archers à cheval des Huns, et les armées Romaines d'orient ont compté énormément sur leur archerie montée10

D'après César, les Germains et les Gaulois n'utilisaient pas l'arc à la guerre. Il en était de même pour les Francs lors de l'invasion de la Gaule. L'arc n'était pas inconnu de ces peuples, car ils l'utilisaient à la chasse, mais dans leurs critères, la valeur d'un homme se mesurait lors d'un combat au corps à corps.

Moyen Âge (Ve au XVe siècle)


En Europe

Ce n'est qu'un peu avant Clovis (465) que l'arc a été adopté par les Francs à la guerre, bien que son utilisation n'ait pas été généralisée avant la fin du VIIIe siècle, mais contrairement à ce que disent certains mythes populaires, les archers n'étaient pas aussi prédominants à la guerre. Les archers étaient souvent les soldats les moins payés d'une armée, ou étaient recrutés parmi les paysans. Ceci était dû à la nature bon marché de l'arc, comparée aux dépenses effectuées pour équiper un homme d'arme professionnel avec une bonne armure et une bonne épée. Les archers professionnels passaient une vie entière à s'entrainer, et utilisaient des arcs couteux pour être efficaces, et ainsi étaient relativement rares en Europe (voir Arc long anglais). L'arc était rarement utilisé pour décider de l'issue d'une bataille, et était souvent vu comme une arme de classe inférieure ou comme un jouet par la noblesse. Cependant, parmi les Vikings, même les rois tels que Magnus Berføtt utilisaient l'arc11, ainsi que les Arabes, y compris lors de leurs nombreux raids sur les côtes Européennes lors des XIXe et Xe siècles.

Charlemagne exigeait de ses soldats qu'ils soient équipés, en plus de leurs armes habituelles, « d'un arc avec deux cordes et douze flèches ».

À sa mort en 814, ces ordonnances qui régissent l'équipement tombent en désuétude, mais les invasions des Normands qui excellent au tir à l'arc redonnent vie à cette arme.

Ce sont aussi les Normands qui vulgarisent l'usage de l'arc en Angleterre.

L'arbalète est devenue assez populaire pendant le Moyen Âge. Cependant, sa capacité à percer les armures effrayait la noblesse, et l'arbalète a été interdite en 1139 par le IIe concile de Latran, son emploi n'étant autorisé que pour combattre les infidèles.

 

Archers lors du jeu du papegai à Avignon.

Lors de la Guerre de Cent Ans, les Anglais ont appris à utiliser l'archerie comme élément de domination tactique avec leurs arcs droits. Des tournois, avec des récompenses pour les vainqueurs, étaient organisés pour encourager les archers. Il y avait ainsi énormément de motivation pour devenir un archer expérimenté, et les rois Anglais pouvaient ainsi recruter des milliers d'archers chaque année.

En 1346, à la bataille de Crécy, et en 1356, à la bataille de Poitiers, les archers anglais défont les armées françaises. Ce ne fut qu'à la fin de la guerre de Cent Ans qu'on songea en France à revenir à la pratique de l'arc. Charles V réorganisa et encouragea les compagnies et s'efforça de renouveler leurs privilèges. Malheureusement, à sa mort en 1380, l'aristocratie persuada Charles VI de limiter la puissance des compagnies en limitant le nombre d'archers dans chaque ville.

En 1415, à Azincourt, les archers anglais montrèrent encore une fois leur supériorité en décimant la chevalerie française.

Les Picards et les Bourguignons, alors alliés des Anglais, se perfectionnent en tir à l'arc.

Au cours du XVe siècle puis pendant la Renaissance, se développe en France et dans le reste de l'Europe, le tir à l'arc sous forme de jeu d'adresse. Les villes organisent chaque année, au printemps, les jeux du papegai ou papegault, qui consiste à atteindre une cible, représentée sous la forme d'un oiseau, le papegai, accroché en haut d'un mât ou au sommet d'une tour. Le vainqueur est désigné "Roy du papegay" pendant une année entière.

Monde moderne (XVIe au XVIIIe siècle)

Charles VII, fort de l'expérience de ses prédécesseurs, réforme les organisations militaires. Le 2 novembre 1439, il crée les compagnies d'ordonnance, corps de cavalerie permanente. Chaque compagnie est composée de cent gentilhommes, dont chacun est suivi par deux valets et trois archers montés. Le 28 avril 1448, il crée les Compagnies de francs-archers. Exemptées d'impôts et entretenues par les villes, elles ont un rôle de défense des cités.

 

Olaus Magnus, scène de chasse à l'arc, 1555

Vers 1500, l'arrivée de l'arquebuse ne détrône pas tout de suite l'arc, et bien que les francs-archers soient supprimés à la fin du règne de Louis XI, ils sont rétablis sous Charles VIII et subsistent sous Louis XII. Cependant, les armes à feu s'améliorent, et les francs-archers sont définitivement supprimés sous Francois Ier.

La Révolution française dissout les compagnies d'arc par décret de l'assemblée nationale en 1789. Dès lors, la grande majorité des archers sont incorporés à la garde nationale. La Chevalerie d'arc reforme des compagnies mais sans statuts militaires. Dès 1797 la compagnie de Fontainebleau reprend corps. À partir de cette date, le tir à l'arc devient un jeu.

Dans les autres parties de l'Europe occidentale, son emploi à la guerre disparait également de façon définitive. Par contre, certains corps de cavalerie d'origine asiatique continuent à l'utiliser, et lors de la campagne de Russie en 1815, les troupes françaises rencontrent des éclaireurs Tartares équipés d'arcs.

 

Le roi Henri VIII d'Angleterre pendant une compétition de tir à l'arc vers 1520

Même en Angleterre, malgré les différentes ordonnances royales promulguées pour maintenir son utilisation, l'arc finit par être détrôné par le mousquet.

L'invention des armes à feu finalement rend obsolètes les arcs de guerre. À l'origine, les armes à feu sont très inférieures en cadence de tir, et sont très sensibles à l'humidité. Toutefois, elles ont plus de portée et sont tactiquement supérieures dans les situations de tirs où les soldats sont abrités derrière des protections. Elles nécessitent également moins de formation pour être utilisées correctement, et il n'y a pas besoin de développer une musculature spécifique pour pénétrer une armure d'acier. Les armées équipées d'armes à feu peuvent ainsi fournir une puissance de feu supérieure, et les archers hautement qualifiés deviennent obsolètes sur le champ de bataille.

La dernière référence à l'utilisation de l'arc dans une bataille anglaise semble être lors d'une escarmouche à Bridgnorth, en octobre 1642, pendant la Guerre civile anglaise. L'archerie est restée en vogue dans certaines régions sujettes à une limitation sur la possession d'armes, telles que l'Écosse pendant la répression qui a suivi le déclin du Jacobitisme, ainsi que les Cherokees après la Piste des Larmes. Le Shogunat Tokugawa a sévèrement limité l'import et la manufacture d'armes à feu, et a encouragé les talents martiaux traditionnels des samouraïs.

Monde contemporain (> XIXe)

En période de guerre, la mort la plus récente attribuée à l'archerie Anglaise a été probablement en 1940, pendant la retraite de Dunkirk, lorsqu'un champion de tir à l'arc, qui avait apporté son arc au service actif « eu le plaisir de voir sa flèche frapper l'Allemand du centre à la gauche de la poitrine et pénétrer son corps ». L'utilisation de l'arc est rapportée au XXIe siècle dans certains conflits africains.

La compagnie royale des archers, une unité de cérémonie de la reine d'Angleterre devant le Château d'Édimbourg en 2006

À partir du XIXe siècle, en dehors de ces quelques exemple, l'archerie traditionnelle est utilisée pour les loisirs et la chasse dans plusieurs régions, bien après son abandon à la guerre. En Turquie, vers 1820, Mahmud II a encouragé cette utilisation, mais l'art de la construction des arcs composites disparut vers la fin du siècle. Le reste du proche orient a également perdu la tradition du tir à l'arc à la même période. En Corée, la transformation de l'entraînement militaire en loisir a été initiée par l'empereur Kojong, et est devenue la base du sport moderne. Pendant ce temps, les Japonais continueront à fabriquer et utiliser leur traditionnel yumi. Parmi les Cherokees et les Anglais, l'utilisation de l'arc droit n'a jamais totalement disparu.

Archer sur une carte postale chinoise, vers 1900

En Chine, l'archerie est restée en vogue jusqu'à la révolution culturelle, où elle a été supprimée. Depuis, les facteurs d'arcs traditionnels travaillent de nouveau12. L'archerie montée continue d'être pratiquée dans quelques pays d'Asie, mais n'est pas utilisée en compétitions internationales. De nos jours, en Hongrie, l'archerie montée fait l'objet de compétitions13. L'archerie est le sport national du Royaume du Bhoutan14.